Business concept with manager holding tablet and smart phone. Virtual icons around Communication

Si un mot devait symboliser notre époque, ce serait “ l’hybridation ”. Les frontières entre des mondes qui, jadis, s’opposaient s’estompent, permettant des mélanges improbables. Le numérique apparaît pour certains comme l’accélérateur de ce phénomène.

A Rome, le mot ibrida signifiait le croisement entre le sanglier et la truie. On peut y voir le “bâtard” ou l’animal de “sang mêlé”, selon sa sensibilité. C’est dire à quel point l’hybridation aurait dû avoir mauvaise presse, des milliers d’années plus tard, dans notre société moderne si peureuse d’une dilution de ses identités. Pourtant, l’hybridation s’en sort bien.

L’ hybridation s’impose aujourd’hui comme une source d’enrichissement et d’élargissement du champ des possibles. Sans doute sous l’impulsion des innovations qui traversent notre société et notre économie. L’apparition des technologies numériques a rapproché des mondes hétérogènes, a brouillé la frontière entre producteurs et consommateurs, perturbant les logiques économiques et les modèles de développement établis. Conséquence : il est plus que jamais nécessaire de se réinventer pour aborder avec sérénité ce nouveau paradigme.

Plus qu’un simple mot-valise utilisé par les journalistes, l’hybridation représente une vraie attente des consommateurs. Face à l’hyperchoix, une pensée monolithique ne peut plus être une stratégie gagnante. Plus concrètement, aujourd’hui, un film peut être vu sur grand écran au cinéma ou sur petit écran sur sa tablette ; au cinéma ou à la télévision ; en direct ou en différé grâce au système de VOD. Un exemple parmi tant d’autres qui montre que le passage d’une pratique de consommation à une autre oblige à l’hybridation des technologies, instrument d’une stratégie plus forte et source de croissance : mélanger Internet, capteurs et senseurs, big data, cloud computing, outils de travail collaboratif, production d’images et de simulation, mécanique-robotique, communications sans contact, géolocalisation… devient le fondement de ce qu’on appelle numérique.

A l’échange et au don, mis à l’honneur par la montée de l’économie collaborative, s’est ajoutée la contribution. C’est l’esprit des processus d’innovation ouverte mis en place aujourd’hui dans beaucoup d’entreprises, qui se rendent compte que leur recherche est complètement sclérosée à force de fonctionner en vase clos. L’apport de compétences et d’idées extérieures à des structures traditionnellement fermées est, ainsi, une autre des conséquences de l’hybridation, qui nous amène à ouvrir une nouvelle ère dans l’histoire de notre évolution.

Tirons le fil et projetons-nous dans l’avenir. Si l’hybridation des pratiques de production et de consommation est bel et bien avérée au présent, qu’en est-il de celle du corps humain ? Depuis les années 80, des futurologues américains ont structuré un courant qui s’affirme aujourd’hui de plus en plus : le transhumanisme… ou la capacité de l’homme à améliorer ses caractéristiques physiques et mentales à travers l’application des nouvelles technologies. Emergente avec le phénomène du New Age, cette idéologie, qui prône l’hybridation entre l’humain et la machine, prend une nouvelle dimension avec le soutien, entre autres, de Google. Avec le développement de ses Google Glass, la firme de Mountain View montre concrètement à quoi pourrait ressembler notre futur.

Du mélange de genres et de styles, à l’imbrication du producteur et du consommateur ou de l’assemblage pluriel de technologies, jusqu’à l’application de la robotique au corps humain, l’ hybridation est-elle même un concept très instable sur lequel nous avons peu de visibilité sur son évolution dans le temps. Par définition, nul ne sait qui sera mêlé avec quoi. Le secteur de nouvelles technologies apparaît ainsi comme une parabole de l’évolution de notre société.

« La version complète de cet article a été publiée dans le Panorama des Idées, numéro 3, paru chez Lemieux Editeur en mai 2015 ».


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Ziad Gebran

Ziad Gebran est directeur de clientèle chez Equancy depuis novembre 2014. Avec plus de 9 ans d'expérience, aussi bien en agence que chez l’annonceur, il travaille sur l'ensemble des aspects de la communication, du conseil stratégique à la mise en place d’outils opérationnels en passant par l’accompagnement de dirigeants, notamment sur des problématiques publiques ou liées à l’intérêt général. A travers les différentes missions qu’il a conduites, il a développé un fort intérêt pour sujets numériques et liés à la transformation digitale des organisations. Il contribue régulièrement sur ses centres d’intérêts à la revue Esprit Critique (Fondation Jean-Jaurès) ou à la publication trimestrielle, le Panorama des idées (Lemieux Editeur), en parallèle d’un blog sur la communication politique qu’il tient depuis 2012 (www.chroniqueduquinquennat.com).

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